Le conflit de loyauté : quand choisir semble forcément faire du mal

Il y a des situations dans lesquelles aucune décision ne semble vraiment bonne.

  • Rester proche de l’un donne l’impression de trahir l’autre.
  • Dire ce que l’on pense peut sembler déloyal.
  • Poser une limite peut faire naître de la culpabilité.
  • Et parfois, ne rien faire paraît encore plus inconfortable.

J’ai récemment été amenée à réfléchir à cette notion de conflit de loyauté, que l’on retrouve bien plus souvent qu’on ne l’imagine dans nos relations familiales, amicales ou professionnelles.

Ce conflit peut être discret. Il ne prend pas forcément la forme d’une dispute ou d’un choix clairement posé. Il peut simplement se manifester par une sensation persistante : celle d’être coincé entre plusieurs personnes, plusieurs attentes ou plusieurs valeurs.

Qu’est-ce qu’un conflit de loyauté ?

Le conflit de loyauté apparaît lorsque nous avons le sentiment que rester fidèle à une personne, à une relation ou à une valeur revient nécessairement à en trahir une autre.

Il ne s’agit donc pas simplement d’hésiter entre deux possibilités. La difficulté vient du fait que le choix touche à quelque chose de profondément affectif : notre sentiment d’appartenance, notre besoin de préserver le lien, notre peur de décevoir ou de blesser.

On peut alors se retrouver intérieurement partagé entre plusieurs fidélités :

  • être fidèle à ses parents tout en souhaitant prendre ses propres décisions ;
  • protéger un enfant tout en essayant de préserver la relation avec l’autre parent ;
  • soutenir un proche sans cautionner certains de ses comportements ;
  • rester disponible pour sa famille tout en ayant besoin de penser davantage à soi ;
  • respecter une promesse ancienne alors que nos besoins ou notre situation ont changé.

Le conflit de loyauté peut également concerner deux parts de nous-mêmes : celle qui veut évoluer et celle qui craint de s’éloigner de ce que l’on a toujours connu.

Comment reconnaître que l’on se trouve dans un conflit de loyauté ?

Il n’est pas toujours facile de mettre des mots dessus. Bien souvent, on commence simplement par ressentir un profond inconfort.

Certaines phrases intérieures reviennent souvent :

« Si je fais cela, il ou elle va penser que je l’abandonne. »

« Je ne peux pas lui dire ce que je pense, cela lui ferait trop de mal. »

« Je sais ce que j’aimerais faire, mais je me sentirais coupable. »

« J’ai l’impression que quoi que je choisisse, quelqu’un va souffrir. »

« Je préférerais que quelqu’un décide à ma place. »

Cette situation peut également provoquer de l’indécision, de la fatigue mentale, de l’anxiété, une tendance à repousser les décisions ou une difficulté à savoir ce que l’on souhaite réellement.

À force de vouloir préserver tout le monde, on peut progressivement perdre le contact avec ses propres besoins.

La culpabilité est souvent au centre

Dans le conflit de loyauté, la culpabilité occupe souvent une place importante. Non pas nécessairement parce que nous avons fait quelque chose de mal, mais parce que nous avons appris, parfois très tôt, que nous étions responsables du bien-être des autres.

Certaines personnes ont ainsi beaucoup de mal à poser une limite, à dire non ou simplement à prendre une décision qui leur convient si cette décision risque de déplaire.

Elles peuvent alors confondre deux choses très différentes : faire du mal à quelqu’un et décevoir quelqu’un.

Décevoir une attente ne signifie pas forcément trahir une relation. Et préserver une relation ne signifie pas nécessairement renoncer à soi-même.

Peut-on sortir d’un conflit de loyauté ?

L’objectif n’est pas toujours de trouver une solution parfaite. Il n’y en a parfois aucune.

Le travail consiste plutôt à retrouver suffisamment de recul pour différencier ce qui nous appartient de ce qui appartient aux autres.

Une question peut être particulièrement utile :

Si je n’avais pas peur de décevoir quelqu’un, qu’est-ce que je penserais réellement de cette situation ?

Il peut également être intéressant de se demander :

  • Quelles sont mes valeurs dans cette situation ?
  • Qu’est-ce qui relève réellement de ma responsabilité ?
  • Qu’est-ce que je cherche à protéger ?
  • Est-ce que j’agis par choix ou principalement pour éviter la culpabilité ?

Ces questions ne donnent pas toujours une réponse immédiate. Elles permettent néanmoins de retrouver progressivement sa propre place.

Rester loyal sans s’oublier

La loyauté est une belle valeur. Elle parle de lien, d’attachement, de fidélité et parfois de gratitude. Mais lorsqu’elle devient une obligation intérieure permanente, elle peut également devenir très lourde.

Être loyal envers les autres ne devrait pas nous obliger à être continuellement déloyal envers nous-mêmes.

  • Nous pouvons aimer quelqu’un et ne pas être d’accord avec lui.
  • Nous pouvons soutenir une personne sans porter toutes ses difficultés.
  • Nous pouvons respecter notre histoire familiale tout en choisissant une autre façon de vivre.
  • Nous pouvons également changer d’avis.

Tout cela ne signifie pas que les liens n’ont plus d’importance. Cela signifie simplement que nous avons également une place dans l’équation.

Quand le conflit devient trop lourd

Certaines situations de loyauté sont particulièrement complexes : séparations familiales, conflits entre parents et enfants, relations très fusionnelles, deuils, secrets familiaux ou histoires anciennes qui continuent à peser sur les relations actuelles.

Dans ces situations, le simple fait de pouvoir mettre des mots sur ce que l’on traverse peut déjà apporter beaucoup.

Comprendre que l’on se trouve dans un conflit de loyauté permet parfois de sortir d’une question impossible :

« Qui dois-je choisir ? »

pour aller vers une question plus juste :

« Comment puis-je respecter les autres sans me perdre moi-même ? »

Et parfois, cette petite différence change déjà beaucoup de choses.


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